07 Janvier 2009

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« God bless Hollywood »

par Benoît Delmas, journaliste économique

Sans le tapis de bombes des blockbusters américains, le cinéma français aurait du mal à boucler ses fins de mois.



© Arnaud Février (Flammarion)
Rituelle ritournelle que celle entonnée dans certains cénacles du 7ème art parisien. Le cinéma français serait menacé par les mercenaires californiens qui occuperaient de façon dangereuse les écrans des multiplexes hexagonaux. Ce combat qu’on pensait périmé, usé jusqu’à la corde, a de nouveau rejailli. D’éminents théoriciens de la pellicule ont mis le pays en garde face au colonialisme latent de Messieurs Spiderman, Shrek et autres Pirates échappées des mers Caraïbes.

S’il est vrai que ces produits – forts appréciés par le public, ce qui n’a rien de vulgaire – disposent chacun de près de 900 copies – la France compte près de 5.000 écrans -, leurs triomphes annoncées sont tous bénéfices pour ce cinéma tricolore dit « d’auteur ». Car sur chaque ticket vendu, 6% de la somme acquittée va alimenter le compte de soutien, un mécano économique géré par le CNC, lequel compte aide aux financements des films français. Dire que Spiderman finance indirectement Pascale Ferran relève du tabou.

Et pourtant… Jamais, depuis 1982, notre cinéma ne s’est aussi bien porté. Jamais il n’a autant séduit les spectateurs. Jamais il n’a été aussi divers. Jamais la cohabitation entre films racés ( de Lady Chatterley aux Chansons d’amour) et films de genre ( Ne le dis à personne, Camping…) n’a été aussi policée depuis des lustres.

Qu’il est pénible d’entendre ce menuet qu’on croirait composer au XVIIIè siècle selon lequel un cinéma menacerait un autre, l’ineptie est de taille. En 1983, des professionnels de la profession avait condamné le succès de Jean-Paul Belmondo dans L’as des as car il aurait nuit à la carrière du film de Jacques Demy Une chambre en ville. Ces procès staliniens sont dignes des livres d’histoire.

Avec 4 spectateurs sur 10 qui optent pour une production nationale, nous devrions jubiler, danser sur les tables, nous gorger de champagne, pétiller, offrir des feux d’artifices au monde entier. Bref de jouir de ce succès qui de conjoncturel est en train de devenir structurel. La dolce vitae règne sur ce secteur et nous entonnons l’air de famille d’un monde sans pitié. Les sept millions d’entrées de l’homme araignée vont garnir de plusieurs millions d’euros le compte bancaire du 7è art à la française. Idem pour l’ogre verdâtre, la bande de Clooney alias Ocean’s 13…

Alors que nous opposons commerce et art, interrogeons nous sur le succès de la vie des autres, film allemand qui a déjà réuni 1,5 millions d’entrées. S’agit-il d’une œuvre art et essai devenue soudainement une grosse machine ? Gommons à jamais cette frontière artificielle qui oppose, de façon bécassine, succès et qualité, art et commerce. Dans argent, il y a « art » et « gens ». La formule signée Daniel Toscan du Plantier est pérenne. Et merci aux machines fabriquées outre-Atlantique de participer aux prototypes hexagonaux. God bless Hollywood…

L'auteur

Benoît Delmas, 36 ans, est journaliste dans un hebdomadaire économique. Il est l'auteur de L'Histoire secrète d'Endemol publié chez Flammarion et a lancé son blog dans lequel il traite notamment de sujets relatifs au cinéma et à l'audiovisuel.





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