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21 Novembre 2008
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Sous les marches, le marché du film (20minutes.fr)par Alice Antheaume
A Cannes, il n'y a pas que les films de la sélection officielle et les robes des stars. Sous les marches recouvertes de tapis rouge, un autre royaume: celui du marché du film, là où le business fait rage. 10.500 professionnels de 92 pays se battent pour vendre 4.000 films, dont certains ne sont pas encore tournés.
Parmi ces professionnels, des producteurs, des distributeurs, des chaînes de télé et des éditeurs de DVD. Le but: trouver des acheteurs qui sentiront, parfois à partir du seul scénario, si un film a du «potentiel» pour générer des recettes (en termes d'entrées dans les salles, d'audience à la télé ou d'achats de DVD) dans un pays donné, sachant que les pays qui achètent le plus de films sont le Japon, les Etats-Unis, l'Allemagne et la France. Un rendez-vous inratable Il y a peu d'autres rendez-vous internationaux, sinon les marchés du film de Milan et Los Angeles, capables de rivaliser avec le nombre de contrats signés à Cannes (en 2007, il y en a eu pour l'équivalent d'1 milliard de dollars). «Un film peut être acheté jusqu'à 20 millions d'euros pour être distribué en France», raconte Jérôme Paillard, directeur délégué du marché du film depuis 1996. Un rendez-vous inratable pour des sociétés comme Films distribution qui gère les droits des derniers Guédigian, Garrel et Depardon et fait parfois entre 25 et 35% de son chiffre d’affaires en 10 jours cannois. INTERVIEW : Nicolas Brigaud-Robert: «Le cinéma ne se vend pas comme on vend des bijoux» Sur le tapis rouge, des millions d'euros défilent, sous forme de robes et colliers portés par les stars. A quelques mètres de là, des couloirs moins glamours brassent pourtant autant d'argent. Ceux du marché du film de Cannes, là où producteurs et distributeurs du monde entier vendent et achètent les droits des films. «Nous sommes des exportateurs, explique Nicolas Brigaud-Robert, l’un des patrons de Films distribution. Notre métier, c’est de vendre des films à travers le monde, et pas que des films français.» Combien cela coûte de projeter un film à Cannes ? Entre 1.500 et 3.600 euros pour trois séances d'un film, et il n'y a pas de «discount» sur le volume (c'est-à-dire que ce n'est pas moins cher quand on projette davantage de films, ndlr). Ce prix, c'est uniquement celui de la location de la salle, il n'englobe pas le coût de transport des copies du film. En plus, il y a tellement de projections à Cannes (1.565 l'année dernière) que c'est vraiment difficile de faire venir les professionnels dans une salle. Il faut donc trouver un créneau horaire acceptable (certaines projections ont lieu à 1h du matin, ndlr). Néanmoins, ce ne sont pas les projections qui nous coûtent le plus cher. Dans notre budget, il y a surtout les salaires des juristes pour établir les contrats, des attachés de presse, la location des stands professionnels sur place ainsi que le matériel publicitaire à fabriquer et à diffuser, comme les bandes-annonces, les affiches du film, et l'achat de pubs dans la presse professionnelle. Comment fonctionne le marché ? Le cinéma ne se vend pas comme on vend des bijoux. La transaction se joue sur plusieurs facteurs: le prix bien sûr, mais aussi le partage des frais entre exportateur et distributeur et le pourcentage sur les entrées réalisées sur un territoire donné. Des clauses que des contrats, parfois de 30 pages, régissent. Quel a été votre plus gros jackpot ? C'était en 2005 avec «Joyeux Noël», de Christophe Carion, un film sur la première guerre mondiale très émouvant qui a parlé à beaucoup de monde. Du coup, on l'a vendu dans plus de 40 territoires, ce qui est beaucoup, sachant qu'à partir d'une quinzaine, on est très content. Quels sont les critères pour qu'un film s'exporte bien ? Dur à dire. Cela dépend de si le film repose sur un concept fort, si les acteurs font le voyage pour promouvoir le film ou pas. Une comédie populaire avec des têtes d'affiche de la télé française est difficilement exportable. En revanche, des réalisateurs qui ont une personnalité comme Bruno Dumont, Philippe Garrel ou Pascale Ferran, séduisent à l'étranger. «L'Esquive» de Kechiche, par exemple, était un film complexe à exporter car il repose beaucoup sur la langue française. Pourtant, quand les acheteurs l'ont vu au marché en 2004, quelque chose de magique est passé - qui tient au jeu des comédiens, au talent du réalisateur, et peut-être aussi au soin très particulier mis aux sous-titres. Du coup, on l'a vendu aux Etats-Unis et dans une quinzaine de pays. Comment organisez-vous le buzz autour d'un film ? On a acheté sur scénario «Le voyage du ballon rouge» de Hou Hsiao Hsien avec Juliette Binoche un an avant de le mettre à Cannes, en 2007. Avec un réalisateur taïwanais connu internationalement, on s'est dit que les acheteurs allaient forcément venir le voir. D'autant que, quand on le peut, on prépare le terrain, avant Cannes, en faisant lire en amont le scénario aux acheteurs potentiels, en leur montrant les photos puis quelques rushes dès que possible. Il faut tout de suite qu'on fasse exister le film dans leur esprit, même quand celui-ci n'est pas encore visible. Pourquoi certains films présentés à Cannes ne sortent jamais en salles ? Parfois, le public potentiellement spectateur d'un film est trop restreint dans un pays pour qu'on sorte le film au cinéma. Mais la vie d'un film ne s'arrête pas à la salle. Il peut être vendu à des chaînes de télé ou des éditeurs de DVD. Nouveau commentaire :
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